Cyril Voyant, des hôpitaux à la coordination du projet phare ELECTRE

Cyril Voyant, des hôpitaux à la coordination du projet phare ELECTRE

« L’électrification des usages constitue une piste prometteuse pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles. »

Après plus de vingt ans en tant que physicien médical à l’hôpital, Cyril Voyant a rejoint le centre OIE de Mines Paris – PSL, en 2024, comme directeur de recherche. Fort d’une riche expérience en pilotage de projets et d’un doctorat en énergétique, il a alors été nommé coordinateur du projet phare ELECTRE du Carnot M.I.N.E.S. Portrait d’un chercheur qui met toute son énergie au service de l’excellence scientifique et de la transmission.

 

 

Le parcours de Cyril Voyant ne l’a pas immédiatement conduit auprès des champs électriques, mais plutôt dans le champ médical. Après des études en mathématiques et en physique théorique, il s’est rapidement orienté vers les interactions rayonnement-matière. Une spécialisation qui l’a poussé à s’intéresser à des interactions particulières : celles entre des rayonnements et les tissus biologiques, notamment en radiothérapie, dans le traitement des cancers. Une fois son Diplôme de Qualification en Physique Radiologique et Médicale (DQPRM) obtenu, en 2003, il a dès lors exercé comme physicien médical dans des hôpitaux, à Montpellier, puis à Ajaccio, jusqu’en 2024.

 

Cette profession joue un rôle essentiel en radiothérapie : elle consiste à s’assurer que le patient reçoit bien la dose de radiation prévue. Un travail de calibration indispensable, un surdosage pouvant provoquer de graves lésions, voire le décès du patient. Le physicien médical doit aussi contribuer à la maintenance préventive des équipements, afin d’éviter une éventuelle panne qui risquerait d’entraver la prise en charge des patients. « Il s’agit d’un métier épanouissant et très concret, puisque nous contribuons véritablement au traitement d’individus atteints d’un cancer », relève Cyril Voyant. « Mais il s’accompagne aussi d’une charge mentale pesante, en raison des enjeux et des risques associés. J’avais donc besoin d’une forme d’échappatoire, de me consacrer à autre chose en parallèle. »

 

 

De la physique médicale à l’énergétique

 

C’est dans le domaine de l’énergétique que le scientifique a trouvé un épanouissement professionnel complémentaire. Avec, à la clé, un doctorat obtenu en 2011 et un poste de maître de conférences à l’Université de Corse Pasquale Paoli, occupé jusqu’en 2024. « Cela me permettait, en quelque sorte, de revenir à mes premières amours, en refaisant des mathématiques plus théoriques, notamment de la modélisation stochastique », se souvient Cyril. « Et, bien sûr, j’étais très attiré par un domaine d’application tel que les énergies renouvelables. »

 

Le chercheur a ainsi participé à de multiples travaux sur cette thématique, parmi lesquels le projet TILOS, du nom d’une île grecque. Son objectif : rendre celle-ci autonome en énergie, en s’appuyant en particulier sur des systèmes éoliens et solaires. « Ma contribution résidait dans l’utilisation de modèles d’IA, plus précisément de machine learning, à des fins de prévisions météorologiques », présente Cyril. « Cet outil servait à prévoir les niveaux d’ensoleillement, afin d’optimiser le recours aux panneaux photovoltaïques déployés sur place. »

 

Parallèlement à ces projets, Cyril a continué à travailler au Centre Hospitalier de Castelluccio, à Ajaccio. Et pas seulement en tant que physicien médical en radiothérapie. Il a également joué le rôle de coordinateur scientifique dans le déploiement de nouveaux services, par exemple de radiothérapie, ou d’un nouvel hôpital. « De tels projets impliquent de nombreux corps de métier différents, qu’il faut orchestrer pour aboutir au résultat attendu, et ce, sans perturber le fonctionnement normal de l’hôpital », souligne-t-il. « Ainsi, mon rôle consistait à piloter ces multiples acteurs et à contrôler la qualité de ce qui était livré, des missions essentielles dans tout projet. »

 

 

L’électrification des usages au cœur du projet phare ELECTRE

 

Ces deux voies parallèles à la physique médicale – l’énergétique et le pilotage de projets – ont finalement convergé vers la coordination d’un projet d’envergure : ELECTRE. En effet, en novembre 2024, Cyril a traversé la mer Méditerranée pour rejoindre le centre Observation, Impacts, Energie (OIE) de Mines Paris – PSL, à Sophia Antipolis, en tant que directeur de recherche. « Dans le domaine de l’énergétique, OIE fait généralement partie des références », constate-t-il. « De plus, j’avais déjà eu l’occasion de travailler avec Philippe Blanc, membre d’OIE, qui m’a ensuite parlé de la possibilité de rejoindre le centre. Une opportunité que j’ai rapidement saisie, étant particulièrement intéressé à l’idée de me rapprocher de la recherche partenariale et de ses problématiques de terrain. »

 

Son arrivée au sein d’OIE a tout d’abord été placée sous le signe de la transmission, avec notamment l’encadrement de plusieurs thèses. Le chercheur contribue également à divers projets européens, l’un d’entre eux visant au développement d’une filière d’énergies renouvelables en Serbie. Et son expérience en pilotage de projets l’a conduit à mettre ses compétences au service du projet phare ELECTRE du Carnot M.I.N.E.S, à la suite de… Philippe Blanc, appelé à d’autres responsabilités.

 

ELECTRE s’inscrit dans la volonté de lutter contre le dérèglement climatique et de réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre. Parmi les principaux leviers pour atteindre ces objectifs : l’électrification des usages, en particulier des transports, du chauffage, de la climatisation et des processus industriels. En contribuant à réduire la dépendance aux énergies fossiles, cette démarche constitue en effet une piste prometteuse, à plus forte raison si elle est couplée à une décarbonation du mix énergétique et à des politiques de sobriété. C’est donc autour de ces problématiques que le projet phare ELECTRE réunit une quinzaine de laboratoires, centres et instituts.

 

 

Qu’implique l’électrification des usages sur l’ensemble de la chaîne de valeur ?

 

Au total, il fédère 13 projets de recherche, menés entre 2023 et 2026, autour de quatre axes majeurs couvrant toute la chaîne de valeur de l’électrification. Il est question, en premier lieu, des matériaux employés dans l’industrie, par exemple au sein des batteries. Comment améliorer leur efficacité ? Peut-on mettre au point de nouveaux matériaux aux propriétés innovantes ? Quel est leur impact sur l’environnement ? Comment optimiser leur recyclage ?

 

Ensuite, il convient de prendre en compte le caractère intermittent d’énergies vertes telles que le solaire ou l’éolien. Dès lors, quels procédés de stockage d’énergie employer pour optimiser leur intégration dans le système électrique ? Par ailleurs, comment prendre en compte au mieux l’hydrogène, autre vecteur énergétique prometteur ?

 

Le troisième axe s’intéresse, lui, aux procédés industriels. Comment assurer une transition vers de nouvelles méthodes présentant de meilleurs rendements et rejetant moins de gaz à effet de serre ?

 

Enfin, ELECTRE intègre un questionnement sur l’électrification des usages en elle-même, sa pertinence, ses limites et ses difficultés. Quelles conséquences implique-t-elle sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des matériaux nécessaires jusqu’au recyclage ? Des interrogations qui nécessitent une approche pluridisciplinaire mêlant analyses de cycle de vie, compréhension des dynamiques de marché, ou encore enjeux géopolitiques.

 

 

Agir contre les dérives de l’IA et faire évoluer l’édition scientifique

 

« Le projet phare ELECTRE est entré dans sa dernière année, nous entamons donc la phase de consolidation et de restitution », expose Cyril. « Cela va commencer dès avril, avec une journée consacrée aux industriels : nous allons leur présenter de premiers résultats et creuser avec eux de potentiels points d’intérêt, qui pourraient aboutir à un prolongement des travaux par la suite. » Le coordinateur veillera également à recueillir les informations relatives aux 13 projets de recherche, avant un travail de synthèse qui facilitera la communication des résultats obtenus.

 

Et une fois ELECTRE achevé ? Cyril ne manque pas de projets ! « Je souhaite m’impliquer dans la lutte contre les dérives de l’utilisation de l’IA, à laquelle contribue notamment l’AI Act européen », indique-t-il. « Aujourd’hui, un chercheur peut publier un code qui a été généré par une IA. Mais avant de l’intégrer dans un système industriel potentiellement critique, il est primordial de s’interroger : ce code est-il sûr ? A-t-il été validé par un humain ? Quels tests ont été réalisés ? L’IA est un outil formidable, mais elle ne peut être employée sans procédures de contrôle. »

 

Le chercheur porte, en outre, un projet de nouvelle revue scientifique. « Je pense que le monde éditorial pourrait évoluer, au bénéfice de la recherche », estime-t-il. « Aujourd’hui, la littérature scientifique est dans une situation d’oligopole critiquée par de nombreux chercheurs. Dès lors, pourquoi ne pas envisager un nouveau format, avec un autre modèle de redistribution ? Une revue qui, de plus, examinerait les codes qui lui seraient soumis afin de vérifier s’ils sont reproductibles et s’ils fonctionnent – en particulier s’ils ont été générés par une IA… »

 

Cyril n’en oublie cependant pas ses missions premières : les travaux de recherche et la transmission, à travers l’accompagnement de futurs chercheurs. C’est notamment pour eux qu’il entend casser les codes de l’édition scientifique, afin de leur léguer le meilleur cadre pour valoriser le fruit de leur travail.

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